« L’équilibre est indéniablement fragile entre la posture du didacticien caméléon, qui serait à même de s’adapter aux contraintes éditoriales de différentes revues, et celle du didacticien passeur, investi dans la mise en circulation de concepts et méthodes didactiques spécifiques. »

Aeby Dagué, S., Coquidé, M., et Leininger-Frézal, C. « Anticiper l’expertise: aux croisements des didactiques. »

Recherches collaboratives en didactique disciplinaire

En 2022, le 2Cr2D met en place un dispositif d’accompagnement à l’entrée dans le discours scientifique, à l’appropriation de ses paramètres et à l’exploration créative. L’objectif : questionner certains présupposés – plus ou moins marqués selon les domaines, peut-être – touchant à l’effacement des subjectivités, l’écriture dite de vulgarisation, la distinction entre postures de chercheur·e et praticien·ne.

Un projet de publication a vu le jour dans ce cadre. Il est unique pour de multiples raisons, qui incluent la composition de l’équipe de rédaction où se sont côtoyées, pendant presque une année, des chercheuses-formatrices doctorantes et masterantes en didactique.

Parmi elles, Olivia Picard (IUFE-UNIGE, français), également enseignante, qui s’est interrogée sur ce dont ses pair·es auraient « besoin pour s’enrôler dans la recherche » ; Myriam Garcia Perez et Linda Amrar (HEP Vaud, apprentissages fondamentaux), dont le travail de réflexion sur le potentiel de la Lesson Study s’est co-construit et co-écrit avec les enseignant·es ; ou encore Charlotte Bertin (HEP Fribourg, mathématiques) qui s’est essayée au délicat exercice d’une mise en récit de sa recherche.

Avec les enseignant·es plus ou moins directement impliqué·es dans le processus, avec les didacticien·nes et chercheur·es en sciences de l’éducation qui les ont accompagnées dans une démarche d’évaluation ouverte, elles ont problématisé par leurs écrits et leurs échanges l’illusion d’une division entre recherche et pratique professionnelle, questionnant également leurs visions respectives de la co-construction des savoirs.

Penser l’articulation de la théorie et du terrain a impliqué pour ces autrices, aux parcours et profils très différents, de négocier la double posture de praticienne-chercheuse caractéristique du champ qu’elles ont en commun, tout en identifiant les enjeux et positionnements qui les séparent.

Le processus, tout autant que le numéro paru en juin 2023, démontre à son échelle la réalité, la complexité et l’immense potentiel de la circulation des savoirs dans l’enseignement des disciplines, non seulement entre les espaces professionnels où ils prennent forme, mais aussi entre les multiples domaines et institutions de formation des enseignant·es représentés en l’occurrence par la relève du champ.

La réalisation de ce projet repose largement sur l’engagement des membres du comité de relecture constitué pour l’occasion, et celui, final, des auteur·trices des questions soumises à considération des intervenantes de la table ronde. Des chercheur·es juniors et seniors que nous remercions infiniment pour leur enthousiasme et leur temps :

Jean-Charles Buttier, Elena Pont, Maryvonne Charmillot, Amandine Gouttefarde (UNIGE) ;

Raphaël Brunner, Sylvie Richard (HEP Valais) ;

Alexandre Fetelian, Corinne Marlot, Stéphane Clivaz (HEP Vaud) ;

François Joliat, Christine Riat (HEP-BEJUNE) ;

Jackie Vorpe (HEFP) ;

et les membres du comité de rédaction de L’Educateur.

La collaboration en images et en sons

Toute écriture – a fortiori celle conjointe – implique un arrière-plan fait de ratures, de tensions, d’hésitations, de révélations … Un monde en soi, qu’une installation a restitué le temps de l’évènement. Parmi les nombreuses traces conservées et exposées dans ce cadre, un enregistrement « sauvage » de la première rencontre du collectif (septembre 2022) …

Les extraits de cette réunion peuvent être écoutés sur

Un parcours, une destination

Nous vous invitons à cheminer entre domaines didactiques, dans un inventaire de synergies possibles et de postures mouvantes – ces chercheuses ayant été, ou étant toujours, elles-mêmes enseignantes – et à questionner avec nous les limites des dispositifs décrits, pour mieux imaginer ceux susceptibles de permettre une « vraie rencontre ».

La table ronde : les moments clé

Compte-rendu : H. Munz

C’est Elsa Paukovics, postdoctorante spécialiste de l’innovation technologique dans les contextes éducatifs, qui a ouvert la discussion organisée le 11 octobre dernier. Autrice d’une thèse portant sur les questions de collaboration dans la recherche en éducation, de technologies pédagogiques et de co-construction des savoirs, elle a proposé un fil rouge sous forme de trois questions relatives à la notion de recherche collaborative entre praticien·nes et chercheurs·euses :

  • Qui collabore (au niveaux micro et macro) ?
  • Quand est-ce qu’on collabore ?
  • Comment favorise-t-on la collaboration ?

Elsa a ensuite exposé une modélisation possible des phases des recherches dites collaboratives, entendues comme démarche également tripartite : la co-problématisation ; la co-conception et la co-analyse.

Ayant ainsi introduit les différentes phases de la dynamique participative, elle a conduit quatre des onze autrices du numéro à faire le récit de leurs expériences d’écriture et de coopération dans le cadre de cette aventure éditoriale.

Durant un peu plus d’une heure, les témoignages de Ludivine Hanssen, Charlotte Bertin, Sarah Morier et Olivia Picard, rythmés par les questions des membres du corps professoral des institutions romandes de formation des enseignant·es, se sont succédés et complétés dans la plus grande bienveillance, doublée d’une exigence intellectuelle marquée.

Le projet collaboratif a été discuté en tant qu’espace révélant des champs de tension, correspondant à trois ensembles de questions :

  1. Quels sont les impacts des ancrages disciplinaires sur la perception, la conception et la mise en oeuvre de dispositifs collaboratifs ? Comment rassembler des chercheur·es et des enseignant·es, et/ou des chercheur·es d’affiliations diverses ?
  2. Comment s’opère la réappropriation des codes de la communication scientifique, pour des chercheur·es en formation issu·es de différents espaces de savoirs, espérant toucher différents publics ?
  3. Comment se négocient des postures d’autrices dans l’écriture et au-delà, à la jonction de multiples cultures et appartenances auxquelles sont tenu·es les didacticien·nes ?

Au final, un évènement vivant, mettant en lumière les pièges et les forces de la conduite d’un projet d’écriture commun en didactique disciplinaire. Tou·tes se sont montré·es soucieux·euses d’en restituer la portée heuristique et humaine. Cette table ronde a concrétisé une volonté d’offrir et de transmettre au public le sens et le goût de la conduite de projets alliant rigueur intellectuelle et efficacité socio-pédagogique. Un pari assurément réussi.