Retour sur la journée doctorale pour les langues étrangères : regards croisés sur les projets en cours.

6 Février 2020 – HEP Vaud

Organisateur∙rice∙s : Sandrine Onillon (HEP-BEJUNE, 2Cr2D), Ingo Thonhauser (HEP-VAUD)

 

C’est devant un public d’une quinzaine de personnes que six doctorant∙e∙s ont pu bénéficier de l’expertise de toutes et tous et de l’apport des multiples disciplines concernées. Lors de cette journée, la parole a été donnée aux doctorant∙e∙s et à leurs questions, en lien notamment avec la méthodologie et le cadre théorique. Différentes étapes comparables à une traversée à la nage ont été identifiées : définir et cerner le projet ou se lancer à l’eau, récolter et coder les données ou nager en gardant le cap, et enfin traiter et analyser les données en gardant les yeux fixés sur la côte qui se rapproche.

 

Le colloque a commencé par une introduction qui visait à mettre en évidence les spécificités de la didactique des langues étrangères et anciennes. Comme l’a souligné Ingo Thonhauser, l’enseignement des langues ne consiste pas à transmettre un savoir théorique disciplinaire, mais il s’agit de développer chez les élèves une compétence à communiquer et agir dans différents contextes. Les langues enseignées sont par conséquent à la fois objet d’apprentissage et outil de communication. Ainsi, la recherche en didactique des langues étrangères en appelle non seulement aux disciplines de référence telles que ‘langue et littérature allemande’, mais aussi à la linguistique, la psycholinguistique, l’anthropologie, la sociologie, ou encore la psychologie. Ce caractère multidisciplinaire du champ scientifique a été exploré sur la base du modèle du Douglas Fir Group (2016)[i], modèle qui vise à décrire et comprendre comment un individu développe et mobilise des ressources (langagières, stratégiques, culturelles) pour communiquer du sens dans un contexte donné. Pour ce faire, il faut alors prendre en compte non seulement les aptitudes et connaissances de l’individu, mais aussi le type d’activités sociales auxquelles il participe, les institutions et communautés socioculturelles dans lesquelles s’insèrent lesdites activités, et enfin les structures idéologiques et les systèmes de valeurs sous-jacents. On voit bien ici que l’objet de recherche « enseignement-apprentissage des langues » est complexe et fait intervenir un grand nombre de variables liées à la nature même des interactions humaines.

 

Les travaux des doctorant∙e∙s reflètent bien cette richesse et complexité :

  • Prayoga s’intéresse à l’impact de la classe inversée sur l’apprentissage de la grammaire française dans un contexte universitaire indonésien. Il s’agit d’une étude de cas basée sur un design quasi-expérimental.
  • Bolomey souhaite explorer le thème de l’enseignement de la production orale en allemand au cycle 2. Il s’agit pour lui de définir les enjeux en classe, les genres susceptibles d’être travaillés ainsi que les dispositifs d’enseignements pertinents.
  • Mme Lucci étudie dans quelle mesure l’utilisation de documents visuels antiques, conjointement à la lecture de textes en grec ou en latin, a un impact sur la compréhension des contenus et sur l’apprentissage du vocabulaire. La recherche implique la mise en œuvre d’une séquence didactique expérimentale et sa comparaison avec une séquence usuelle.
  • Mme Li Rossi cherche à cerner comment se construit le répertoire didactique de futur∙e∙s enseignant∙e∙s de langues du secondaire I. Par le biais d’observations des pratiques en classe et d’entretiens en auto-confrontation vidéo, elle souhaite décrire les va-et-vient entre pratique de terrain et formation initiale, dans la lignée des études sur la pensée enseignante.
  • Mme Ferry réalise une recherche portant sur la négociation de l’identité sociale et culturelle d’élèves de maturité bilingue français-anglais lors d’un échange linguistique d’une année en Angleterre. Elle se propose d’évaluer l’impact d’un programme d’accompagnement spécialement conçu pour sensibiliser les élèves aux dimensions identitaires, grâce à un site web sur lequel les élèves inscrivent leurs expériences.
  • Fivaz a mis en place une recherche collaborative avec des enseignant∙e∙s d’allemand du secondaire II. Il s’agit d’analyser leurs pratiques de l’enseignement de la littérature allemande dans une perspective actionnelle. L’analyse qualitative thématique de 12 leçons et d’entretiens semi-directifs lui permettra de vérifier ce que signifie l’enseignement-apprentissage du document littéraire selon une perspective actionnelle pour ces enseignant∙e∙s-étudiant∙e∙s en formation.

 

A l’issue de la journée, il semble que l’une des préoccupations principales des doctorant∙e∙s concerne le traitement et l’analyse de données multiples récoltées dans le cadre de recherches collaboratives, et offrant différents regards sur le phénomène étudié (par exemple, vidéos et observations de séquences didactiques, entretiens semi-directifs ou en auto-confrontation vidéo, questionnaires, etc.). Comment en extraire des résultats valides ? Comment restituer ces résultats ? Ce sont là des questions cruciales qui sont caractéristiques de toute recherche qualitative visant à rendre compte des interactions humaines.

Cette première journée doctorale en didactique des langues étrangères et anciennes a montré qu’il s’agit d’un champ de recherche qui se développe et qui commence à s’établir en Suisse romande. Une prochaine journée portant plus spécifiquement sur les questions de la recherche collaborative est envisagée.

Sandrine Onillon, HEP-BEJUNE & Ingo Thonhauser, HEP Vaud

Voir le programme et les PPT de cette journée


[i] The Douglas Fir Group (2016). A Transdisciplinary Framework for SLA in a Multilingual World. The Modern Language Journal, 100 (S1), 19-47. doi: 10.1111/modl.12301

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